Gaullisme et souverainisme

Nous n’avons de cesse de le répéter : si l’on ne peut être gaulliste sans être souverainiste, l’inverse n’est pas de mise. En effet, un souverainiste n’est pas forcément gaulliste, même si certains d’entre eux pensent l’être à tort.

LE SOUVERAINISME

Mot venu du Québec et des défenseurs de son indépendance, Paul-Marie Coûteaux ramena ce terme en France bien après le combat de Maastricht. Le but était alors de rassembler tous les défenseurs de la souveraineté nationale qu’ils soient de droite, de gauche ou bien gaullistes.

«Le souverainisme, ce mot que nous avons dû batailler pour que nos amis l’adoptent, s’adresse à plusieurs familles politiques françaises – de droite comme de gauche. Il ne peut se penser qu’en globalité, en tenant pour indissociables ses deux composantes, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. Défendre la souveraineté nationale en perdant de vue le souci social, c’est-à-dire sans défendre en même temps la souveraineté populaire, c’est priver la Souveraineté non seulement de son contenu politique mais aussi des forces sociales qui le sous-tendent, lui donnent sa force et sans lesquelles elle n’est qu’une très fragile construction. C’est l’erreur de la droite nationale qui risque toujours de n’être plus qu’une droite banale. A l’inverse, et symétriquement, défendre la souveraineté populaire sans défendre la souveraineté nationale, c’est-à-dire croire que l’on peut se borner au seul souci social, c’est se priver de tout instrument d’action collective dans les vastes filets de la mondialisation et se livrer, impuissant, aux rapports de force internationaux où nulle volonté ne peut prendre corps. Ici s’inscrit la seule stratégie possible pour le jeune RPF, lequel est d’abord un mouvement intellectuel qui doit apprendre à penser la Souveraineté dans l’ampleur de sa logique: elle est un tout, ou elle n’est rien. Pour cette raison le souverainisme devra par construction faire travailler ensemble la droite et la gauche, comme le fit jadis le gaullisme. Semblable logique n’est d’ailleurs pas autre chose que celle de ce Bien Commun qui s’appela longtemps Respublica et qui se nomme aujourd’hui la République.»

Paul-Marie Coûteaux et William Abitbol, Souverainisme j’écris ton nom, Le Monde, 23 mars 2000

Hélas, le souverainisme n’aura jamais produit l’effet escompté et, là où le gaullisme était parvenu à transcender les clivages, le souverainisme échoua. Les souverainistes des 2 camps restèrent bien ancrés dans leur famille politique d’origine ne se réunirent que rarement.

Sujet à des divisions qualifiées de « délétères » (P.-M. Coûteaux, n°5 de l’Indépendance), le souverainisme a connu son chant du cygne lors des européennes 2009 (1 seul élu : P. de Villiers).

LES RAISONS DE CET ECHEC

Les raisons de cet échec sont tout naturellement à trouver dans les idées défendues car si le souverainisme peut rassembler en temps de guerre, comme cela fut le cas en 1940, il ne peut le faire au sens politique du terme car ce concept ne repose sur rien d’autre que la souveraineté nationale et éventuellement populaire.

Il était donc totalement vain d’esperer que soit présenté aux Français un programme dit « souverainiste » rassemblant de gauche à droite.

Comment réussir à rassembler sur un programme commun le royaliste libéral et très catholique Philippe de Villiers et le républicain socialiste Jean-Pierre Chevènement ? les échecs de ceux-ci aux élections présidentielles en sont la preuve flagrante.

Loin de réussir le rassemblement national tant attendu, le souverainisme n’a fait qu’accroître l’appétit de pouvoir de petits roitelets qu’il a paradoxalement essaimés à droite et à gauche.

Mais si le souverainisme n’a idéologiquement pas les moyens de rassembler, ce n’est évidement pas le cas du gaullisme.

LE GAULLISME UNE IDEE DE RASSEMBLEMENT

Contrairement au souverainisme, le gaullisme repose sur des concepts clairement définis sur le plan économique, social, institutionnel, sociétal et international.

D’un savant mélange de démocratie chrétienne pour la 3ème voie sociale et politique en passant par le nationalisme-républicain de Charles Péguy, l’interventionnisme économique à la Colbert ou l’héritage bonapartiste pour la grandeur de la France, le gaullisme incarne, contrairement au souverainisme, une autre vision globale de notre pays, une certaine idée de la France universelle et intemporelle : une Nation souveraine, solidaire, humaine, avec un peuple uni autour d’un état fort et dirigé.

LES 4 FONDEMENTS ESSENTIELS DU GAULLISME

Car si certains affirment que le gaullisme est un pragmatisme, celui ci repose tout de même sur 4 fondements essentiels sans lesquels il serait impossible de se placer réellement dans la filiation et l’héritage du général de Gaulle :

1) L’indépendance nationale et populaire

2) Un état fort et dirigé (grâce à des institutions qui le permettent)

3) L’association du capital et du travail comme 3ème voie sociale entre capitalisme et collectivisme

4) Un peuple rassemblé au dessus des clivages politiques et uni face à son destin

UNE VISION A NE PAS CONFONDRE

Depuis l’avènement du terme « souverainiste », les captations d’héritage des hérauts médiatisés de cette famille politique ont été notre lot quotidien.

Désirant être identifiables, ce que ne leur permettait pas le souverainisme, terme récent et importé, un nouveau genre de pseudo-gaullistes a pu apparaître se raccrochant à l’image du général à des fins électoralistes. L’idée a alors été de faire croire que le gaullisme reposait uniquement sur l’indépendance nationale afin de permettre à ces personnes, à la vision politique parfois fort éloignée du gaullisme et de son créateur, de se revendiquer et d’être qualifiés de « gaullistes ».

Le souverainisme n’a jamais été et ne sera jamais la forme moderne du gaullisme qui le dépasse en tout point.

L’INTERET SUPERIEUR DE LA PATRIE

« La France avant tout » voila comment résumer en une phrase la vision gaulliste.

Si le souverainisme aurait pu faire sien ce principe, il n’en a rien été.

Les souverainistes des deux rives ont privilégié surtout et avant tout leur « clivage politique d’origine ».

Les gaullistes, quant à eux, animés par cette « certaine idée de la France » qui les transcende, ont soutenu aussi bien la candidature d’un homme de gauche républicaine en 2002 que celle d’un homme de droite souverainiste par la suite…

Alors, à tous ces souverainistes qui pensent que « l’ennemi c’est la gauche » ou « que l’ennemi c’est la droite », les gaullistes répondront qu’il n’y a qu’un seul ennemi et que celui-ci n’est incarné ni par la gauche, ni par la droite, ni par le centre mais par le renoncement et la soumission !

Rassembler les gaullistes, mission possible… rassembler les souverainistes, mission impossible.

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